
Entrepreneur·e : le vrai défi n’est plus d’en faire plus, mais de choisir
Je vais commencer par un aveu : j’ai parfois de la difficulté à garder le focus.
Pourtant, ceux qui me connaissent savent que je suis une fille d’action. J’aime structurer, planifier, mettre des choses en place et surtout… avancer.
Mais depuis que j’ai lancé Coalescens, je me retrouve à nouveau dans une réalité que beaucoup d’entrepreneur·e·s connaissent très bien : bâtir une entreprise pendant qu’on la fait rouler.
Et ça va vite.
Très vite.
Il y a les ventes à faire, les client·e·s à servir, les opérations à structurer, l’équipe à accompagner, les finances à surveiller, les processus à améliorer.
Et en même temps, il faut penser à demain.
Voir les opportunités. Tester. Innover. Anticiper.
Quand on est entrepreneur·e et qu’on aime créer, le problème n’est pas de trouver quoi faire.
Le problème, c’est de décider ce qu’on ne fera PAS.
Et maintenant, l’IA nous permet d’en faire encore plus
Je suis une grande utilisatrice de l’intelligence artificielle.
Elle me permet d’aller plus vite, de réfléchir, de challenger mes idées, de structurer quelque chose en quelques minutes qui m’aurait auparavant demandé beaucoup plus de temps.
C’est extraordinaire.
Mais je commence aussi à voir l’autre côté de la médaille.
Parce qu’on peut aller plus vite, on en fait plus.
Une idée qui serait autrefois restée dans notre tête parce qu’on n’avait pas le temps de la développer peut maintenant prendre forme en quelques heures.
On peut créer plus de contenu.
Analyser plus de données.
Automatiser plus de choses.
Tester plus rapidement.
Développer plus de projets.
Et là, il y a un piège.
Le temps qu’on vient de gagner… on le remplit.
Encore.
Et encore.
Jusqu’à ce qu’on arrive à la même conclusion : je manque de temps.
Sauf qu’on fait maintenant deux ou trois fois plus de choses qu’avant.
Mais notre capacité, elle, n’a pas triplé
C’est probablement une des réflexions qui m’habite le plus en ce moment.
L’IA accélère notre capacité d’exécution.
Elle n’augmente pas nécessairement notre capacité à absorber tout ce qu’on crée.
Parce qu’au bout du compte, il reste un humain derrière l’entreprise.
Il faut prendre des décisions.
Parler aux client·e·s.
Mobiliser une équipe.
Réfléchir.
Choisir.
Dire non.
Et surtout, il faut avoir suffisamment de recul pour se demander :
Est-ce que je suis vraiment en train d’avancer vers ce que je veux bâtir… ou est-ce que je suis simplement devenue extrêmement efficace à faire beaucoup de choses?
Ouch.
Je me la pose à moi-même, celle-là.
J’ai réalisé que je devais revenir à quelque chose de très simple
Quand on a commencé à développer (CO)+, notre application Coalescens, nous avions énormément d’idées.
Évidemment!
On aurait pu y mettre mille fonctionnalités.
Mais derrière tout ça, il y avait un besoin beaucoup plus simple.
Aider l’entrepreneur·e à ne pas perdre de vue où il ou elle veut aller.
Sa vision.
Ses objectifs.
Ses priorités.
Et surtout, le chemin parcouru.
Parce que dans le quotidien, on regarde constamment ce qu’il reste à faire.
Beaucoup moins souvent ce qu’on a accompli.
C’est donc devenu une partie importante de notre réflexion avec (CO)+ : créer un outil qui nous ramène régulièrement à nos objectifs et à nos priorités, plutôt qu’un autre outil qui nous donne encore plus de choses à faire.
Pour moi, c’est un peu comme un Waze entrepreneurial.
Je sais où je veux aller.
Je peux prendre différents chemins pour m’y rendre.
Il peut y avoir des détours et des imprévus.
Mais régulièrement, je dois être capable de regarder : est-ce que je suis encore sur la bonne route?
C’est cette vision que nous avons pour l’application : aider à maintenir le focus et à mesurer le chemin parcouru.
Parce que tout ne peut pas être une priorité
C’est probablement la phrase que je dois moi-même me répéter le plus souvent.
Quand tout est prioritaire, plus rien ne l’est.
Une opportunité peut être excellente… et ne pas être pour maintenant.
Une idée peut être brillante… et devoir attendre six mois.
Un projet peut être intéressant… mais ne pas contribuer suffisamment à l’objectif qu’on s’est donné.
Et dire non à quelque chose de bon est beaucoup plus difficile que dire non à quelque chose de mauvais.
C’est là que le focus devient difficile.
Pour moi, être focus ne veut donc pas dire arrêter d’avoir des idées.
Ça serait impossible de toute façon!
Ça veut plutôt dire avoir un filtre suffisamment clair pour décider lesquelles méritent mon énergie maintenant.
Je crois qu’on va devoir réapprendre à ralentir pour mieux accélérer
Ça peut sembler contradictoire.
Particulièrement à une époque où tout nous permet d’aller plus vite.
Mais je crois de plus en plus que notre avantage comme entrepreneur·e ne sera pas seulement notre capacité à produire rapidement.
L’IA va rendre cette capacité de plus en plus accessible à tout le monde.
Notre véritable avantage sera peut-être ailleurs :
dans notre capacité à prendre du recul,
à poser les bonnes questions,
à choisir les bonnes priorités,
à rester aligné·e avec ce qu’on veut réellement bâtir,
et à avoir le courage de laisser certaines bonnes idées sur la table.
C’est aussi une des raisons pour lesquelles je crois autant à l’intelligence collective.
Quand on est seul·e dans notre entreprise, tout se passe dans notre tête.
Une idée en amène une autre.
Une urgence en chasse une autre.
Mais lorsqu’on s’arrête avec d’autres entrepreneur·e·s et qu’on doit expliquer clairement :
Voici où je veux aller.
Voici ma priorité.
Voici ce qui m’empêche d’avancer.
Tout à coup, certaines choses deviennent beaucoup plus claires.
Et parfois, la meilleure décision n’est pas d’en faire plus.
C’est d’enlever quelque chose.
C’est une réflexion que je vis moi-même en ce moment avec Coalescens.
Nous voulons grandir. Nous avons beaucoup d’idées. Beaucoup d’opportunités aussi.
Mais je réalise de plus en plus que notre défi n’est pas de savoir tout ce que nous pourrions faire.
Notre défi est de rester concentrées sur ce qui aura réellement le plus d’impact.
Et j’ai l’impression que je ne suis vraiment pas la seule entrepreneure à vivre ça.
Alors je te laisse avec la question que j’essaie moi-même de me poser plus souvent :
Si tu ne pouvais accomplir qu’une seule chose importante dans ton entreprise au cours des 30 prochains jours, laquelle aurait le plus d’impact?
Et surtout… Qu’est-ce que tu dois arrêter, reporter ou refuser pour lui faire de la place?

